Retour sur Embrunman 2016

Le 22/8/2016 par Loïc Guillois


Le grand événement

ça y est l'événement est passé! Par quoi commencer ? Je vais commencer par les jours qui ont précédé la course : je suis sur place quelques jours avant l'événement. Mon seul objectif est de me reposer, me détendre. J'y arrive plutôt bien avec de bonnes nuits de sommeil et un massage qui me met en bonne condition. Je suis serein. Au retrait du dossard, toujours cette sérénité qui contraste un peu avec l'excitation et le roulage de mécanique de nombreux triathlètes affublés de leur casquette Zerod, T-shirt finishers d'une autre épreuve ou autre. Ça parle fort de sa course de prépa, de sa forme du moment. Ça se congratule d'avance. Je ne suis pas très à l'aise ici, je retourne dans mon logement à 30Km (Risoul), et c'est pas plus mal.

Même scénario au briefing, je l'écoute, je regarde. Je me concentre, mes parents qui sont avec moi découvrent un peu les principes, je leur explique quelques points du règlement (drafting…). C'est le plus long briefing que je n'ai jamais vu. Comme s'il allait se passer quelque chose d'énorme le lendemain, de très compliqué… mais je suis zen et ça m'étonne. J'étais zen pour l'Alpe d'Huez mais là je suis presque blasé de ce qui se passe et j'ai juste envie de prendre le départ. Je fais les derniers réglages du vélo et le pose dans le parc. A demain pour une grosse journée.

Une nage au top

Debout vers 4 heure du matin, après une nuit courte mais je me sens en forme. Petit déjeuner comme d'habitude : lait sans lactose, flocon d'avoine, pain complet, confiture, miel, jus de fruit. En route pour Embrun, sur le trajet toujours zen. Il fait nuit noire forcément et je me demande si on va avoir le droit à un peu de luminosité. Installation dans le parc, on échange quelques mots avec les collègues du club mais c'est pas la grande discussion chacun se prépare. Les filles partent à 5h55 la lumière se lève à peine. Toujours pas de stress. Hum… 6h00, il y a un peu de retard on s'approche . Pan ! C'est parti. Je suis plutôt vers la fin, je tiens pas à me faire nager dessus. Les 100 premiers mètres sont assez compliqués, ça bouscule un peu. Ensuite je trouve un rythme qui me va, je nage un peu à l'extérieur des bouées pour poser ma nage. J'essaye de prendre le temps de faire du 3 temps mais je suis plutôt en 2 temps. Finalement la température est bonne et on y voit quelque chose. Suffisamment pour que ça soit sympa. Au second tour, j'accélère un peu, le soleil se lève pour de bon et cette fois ci je colle un peu plus à la trajectoire idéale, je double du monde. Je sors de l'eau en bonne forme en 1h21. Satisfaisant pour une première sur la distance, je n'aurais eu ni crampe ni problème. La pénibilité a été sous contrôle et beaucoup de plaisir au rendez-vous.

Un vélo à la ramasse

Départ pour le vélo, ahhhh… je vais pouvoir m'exprimer. Les sensations sont bonnes à la sortie du parc. Les encouragements donnent des ailes. Un peu trop, je regarde le cardio : il faut calmer le jeu. Je roule comme sur un courte distance (40Km de vélo). Dorénavant je me raisonne et prend le temps de boire et guette le cardio en restant le plus régulier possible. J'ai déjà roulé sur le parcours, je sais où je met les pieds. Je suis confiant dans ma préparation. Mais je suis dans une certaine euphorie, je perd le contrôle de la course et me suis inscris pendant les premières heures de course dans une allure trop importante pour la forme du jour. Le delta est énorme. 140Bpm et 25Km/h du départ jusq'au pied de l'Izoard lors de la reconnaissance, j'ai joué à l'imposteur le jour de la course avec 158bpm et 28Km/h … quand le lève le pied dès le début de l'Izoard, les sensations ne reviennent pas. Ça va être difficile. Je n'ai pas bu assez (0,5L par heure).

Tant pis, je baisse le régime mais j'avance à rien et le cardio reste élevé. J'ai chaud… j'ai chaud… Je prend un coup de fusil ici. Alors que j'étais très en avance sur mon tableau de marche, je vais laisser trop de plumes. L'Izoard est monté en 1h17 contre 1h11 le jour de la reconnaissance, avec un écart de pénibilité monstrueux. J'étais plus facile en 1h11. Dans la descente de l'Izoard j'ai perdu toute euphorie, du coup j'ai du mal à me remobiliser et à être serein mais je suis malgré tout plus rapide grâce à une circulation routière facilité. J'en oublie de boire (25 minutes c'est long). Nouvelle erreur. Je perd le contrôle de mes sensations et de ma gestion. Je n'ai plus de jambes, je suis à l'arrêt dès que la route s'élève ou dès qu'il y a un vent de face. Je m'arrose avec la boisson sucrée… il me reste plus que de l'eau plate. Le cœur ne monte plus, je suis bouilli. Je me fais doubler plus que ne je double.

La dernière moitié sera réalisée à une FC moyenne de 141bpm … Je suis en roule libre dans les descentes. J'avais enterré l'idée de faire une belle course depuis le haut de l'Izoard. Maintenant je sais que ça va être déjà bien si je termine. J'ai mal dans le bas du dos, dans la nuque. J'ai les genous qui couinent. Je fais un tout droit qui fait peur dans un virage. Je perd maintenant la lucidité. Est ce que je vais pouvoir courir? 188Km en 7h57.

Lien vers activité Strava (compteur oublié au départ)

Une bonne course à pied... jusqu'à...

Je pars donc courir et là les jambes vont bien. Je suis assez surpris. Malgré tout je baisse le rythme par rapport à ce que j'avais prévu pour rester dans un certain confort. La pointe de côté arrive au bout de 5 minutes. Je la gère tant bien que mal et j'ai hâte d'être dans la côte du Chamois car même si c'est une difficulté j'avais prévu d'y marcher de toute façon. De quoi faire disparaître la crampe. Et ça passe… Dans la descente je retrouve une bonne foulée. J'y crois ! Je vais faire un beau marathon vu les conditions. Ce sera ça de pris ! Et là doucement mais sûrement, mal de ventre, mal de tête, envie de vomir qui monte. Je continue de boire régulièrement et de m'arroser. Le premier tour passe plutôt bien en 1h14. Je refais la même chose. Je marche dans la côte du chamois mais cette fois ci je peine à repartir. Un peu de poésie... c'est la diarrhée. Je file dans un champ. L'envie de vomir monte de plus belle et j'ai froid/des frissons quand je m'arrose. Les sensations sont très mauvaises. Léger acouphène, coup de fatigue... je n'arrive plus à boire et j'ai les lèvres très sèches. Je marche en me disant que ça va passer. Mais c'est de pire en pire. Je suis au semi marathon en 2h20. Ça fait 30 minutes que je marche et que je ne suis plus dans ma course. Je redeviens le spectateur que j'étais à vélo mais cette fois ci avec le corps qui lâche.

A ce moment là, j'ai un flash et je repense à tout ce que j'ai fait pour en arriver là. Et je me suis posé une question simple : est ce que je prends du plaisir ? La réponse était non. Ce n'était plus que de la souffrance et pas seulement depuis 30 minutes que je marchais mais depuis des heures. Est ce que ma grand-mère qui me regarde de là haut serait heureuse de me voir me faire mal comme ça ? Est ce que mon grand-père que j'ai eu au téléphone la veille et qui sait ce qu'est de faire du vélo comprendrait pourquoi j'aurais forcé la nature jusqu'à finir sous la tente ?

J'ai mis 30 minutes à réfléchir s'il valait mieux « sauver l'honneur », « respecter le dossard » ou au contraire rester cohérent et abandonner. Je fais du triathlon pour le plaisir et il n'était plus au rendez vous. Je pense aussi à ma santé et les sensations de déshydratation et de coup de chaud étaient trop présentes pour « pousser la machine ».

Je prends la décision d'abandonner. Sans émotion. Je ne suis ni triste ni désolé. Je n'ai pas fait de sacrifice pour en arriver là, tout ce que j'ai pu faire ces dernières années a été du plaisir et je ne remets rien en cause dans ma préparation qui a montré ses bénéfices à plusieurs reprises. Je vais mettre en cause ma gestion et le fait que ce soit un jour sans car la gestion n'explique pas tout. Il a fait 35°C sur le marathon pour ne rien arranger, même si c'est pareil pour tout le monde. Trop pour moi ce jour là après 8h de vélo dans de mauvaises conditions.

La gestion ne justifie pas tout, oui je me répète. Sur l'étape du Tour et d'autres séances j'ai mis plus de watts et plus longtemps sans connaître des sensations aussi mauvaises. L'Etape du Tour c'était 4h10 à 156bpm et tous les cols montés au seuil. Une forme encore bonne en franchissant la ligne ! Pourtant dans une semaine de 22h d’entraînement.

Et donc ?

L'objectif de cette année, au-delà de participer à une course au format Ironman, c'était de mettre en place l’entraînement me permettant de réaliser des ironman. Et j'en suis plus que satisfait aujourd'hui.

  • Natation en 1h21, sans se mettre dans le rouge. A moi de continuer à faire des efforts pour aller chercher un peu de vitesse sur cette distance et être capable de le reproduire en mer

  • Vélo en montagne : j'ai progressé en montée comme en descente, je continue de prendre de l'expérience

  • Course à pied : clairement j'ai la caisse et la vitesse à pied. En réussissant à passer en 1h25 sur le semi-marathon d'Orvault, j'ai montré que je ne stagne pas malgré un entraînement qui ne met pas le focus sur la VMA. Sans les soucis gastriques j'ai validé de bonnes sensations musculaires à pied après un vélo très compliqué

J'ai abandonné pour mieux repartir. Si j'avais le budget et le temps c'est évident que j'aurais rebondi sur un autre dossard dès cette année (Alps Man ?). Je suis déjà dans l'après et j'ai beaucoup appris de cet échec. On apprend souvent plus de ses échecs que de ses réussites. J'ai encore plus d'envie qu'avant. J'ai touché du doigt ce qu'est le triathlon sur la distance reine, j'ai côtoyé les cadors de la discipline aussi.

J'ai une checklist longue comme le bras de points à revoir et je ne manquerai pas de vous faire un retour dans un prochain article.

Je remercie tout ceux qui m'ont soutenu ou m'ont aidé de près ou de loin dans la préparation et le jour de la course. Et vous êtes nombreux... Merci ! Je sais que certains ont eu beaucoup de peine et je pense en particulier à ma femme qui en a pleuré. Elle qui m'a vu m'impliquer depuis 2 ans. Promis l'an prochain, j'y retourne. Bébé va arriver mais le hometrainer va fumer.

Un point important pour moi sur cette course : je n'ai pas fait de crise d'allergie et donc pas d'asthme au programme. Mais certains n'ont pas cette chance. Merci aux donateurs, ce jour 130€ ont été collecté. Je laisse la campagne encore disponible pour quelques jours. Si vous pouvez faire un geste pour la Fondation du Souffle ça me fera plaisir. Merci à ma famille d'avoir passé le message sur le parcours course à pied !

Famille


comments powered by Disqus