Je suis de retour

Le 16/5/2018 par Loïc Guillois

2 ans. Presque 2 ans sans écrire ici. Tout simplement je n'avais plus envie de parler sport. Mes deux derniers articles : retour sur mon abandon à Embrun en 2016 et un constat de méforme en septembre de ma même année. Tristesse ? Non au contraire, je suis devenu papa quelques jours après mon dernier article. J'ai vécu une saison 2017 sans préparation sérieuse bien qu'aillant passé un hiver studieux en course à pied. J'ai fait quelques courses, j'ai pris de nouveau le départ d'Embrunman sans stress et sans prétention, juste dans le but de finir. Et j'ai fini. La fin de saison a été rythmée par le retour de l'entraînement sérieux et une belle forme sur courte distance et donc forcément beaucoup de plaisir.

Cette année, l'hiver a été cahotique, compliqué et détestable. Malade et affaibli à plusieurs reprises, une prise de sang révèle du cholestérol et quelques trucs "hors normes" sans pour autant devenir inquiétant. Je réaligne mon alimentation très sérieusement (j'en parlerais dans un post dédié, pour faire simple : trop d'oeufs!). Quand la forme et l'envie reviennent sur le tard au début du printemps, je prend une claque en pleine gueule. La disparition d'un proche. Le truc auquel tu ne t'attend pas, qui te met par terre toi et ta famille. Une situation inexplicable qui finalement s'explique mais qui marque pour toujours. Le sport devient anecdotique, comme la plupart des choses en faite. Mais il faut aller de l'avant, avancer pour vivre.

Je reprend l'entrainement. C'est mon défouloir. Je suis seul et dans ma bulle. J'en profite pour pleurer, vider mon sac, me casser les jambes sur le vélo, rouler encore, courir et même un peu nager. Je retrouve des sensations. Celles qui me font comprendre que je suis vivant et que tout reste à faire. Je repart de loin.

Je ne remercierai jamais assez Kévin pour m'avoir pousser malgré lui à me rendre à Liège en avril. Liège - Bastogne - Liège ... le parcours des pro et même un peu plus : 274Km de vélo. On se l'ait promis et on l'a fait : on a pris le départ ensemble et on a finit ensemble. La préparation n'était pas idéale, quelques sorties de 4 heures de vélo... C'est quasiment le triple qui nous attend. Le dénivelé est costaud avec des bosses au pourcentages improbables... 20% et plus ... je n'ai pas le braquet adapté (36x28) mais je n'abdiquerais pas. Hors de question de marcher. On termine sur les rotules, mais on termine. Ma saison est lancée.

Je repense toujours à toi petit ange.

Lancé dans ma saison et un brin kamikaze... (j'ai nagé deux petites séances en 1 mois). Je vais à Cannes, pour la course sur laquelle j'ai un dossard depuis quelques mois déjà : le longue distance : 2000m / 107Km / 16Km. J'ai à peine récupéré mais le paysage est magnifique et je profite de moments précieux au contact de mes coachs et c'est vivifiant. Je vie cette course avec un peu de distance et l'envie de me faire plaisir sans me prendre la tête. Mauvais nageur, je me positionne à l'arrière et gère en évitant les coups. Je nage sans me faire mal. J'en culpabilise presque... mais en tentant d'accélérer sur la seconde boucle j'ai mal à une épaule de toute façon. Je me dis que ça sert à rien de se faire une tendinite et que de toute façon ma technique va se dégrader si j'augmente le rythme. Je sors loin mais frais. A vélo, je roule comme un imposteur. Je pars comme sur un courte distance, le nez dans le prolongateur en slalomant et en gueulant... je double pas mal de monde. Dans les côtes, je met du rythme et je récupère en descente... j'explose sur le retour. La dernière heure est pénible mais je le vis bien et gère en limitant dans la casse, j'essaye de ne pas me faire doubler. A pied, comme d'habitude j'ai des sensations qui n'ont rien à voir. Rapidement je me sens bien. Je pars donc comme un débile. J'accroche les gars qui en finisse. Ils ont un tour ou deux d'avance, ça court à 15Km/h. Je fais à nouveau l'imposteur. ça tiendra à peine plus d'un kilomètre. Je suis rapidement pris d'essoufflement et d'une pointe de côté à géré pendant quelques kilomètres. Le bleu. J'assume et temporise. Je raccélère enfin sur le dernier tour. Dommage c'est déjà l'arrivée. Je crois me rappeler que je termine dans le premier tier.

Je prend conscience qu'on est en mai. ça fait depuis quelques années que je veux faire Embrunman et que je me dis que j'y retournerais tant que je n'aurais pas fait une course pleine. J'y serais donc cette année mais j'espère bien être mieux préparé. Mon état de forme est aujourd'hui meilleur que celui de l'année dernière à la même époque.

Ce qui a été le plus important pour moi s'est produit la semaine dernière: retour au pays Basque et à Saint-Jean-Pied-de-Port en particulier. J'ai refais des cols que je connaissais. J'ai fait de la qualité à pied et j'ai même pu nager grâce à la nouvelle piscine fraîchement inaugurée. Quasiment 18 heures de sports et des sensations qui reviennent comme jamais. Doucement mais sûrement.

Je me suis exposé à cette montagne qui ne ment pas. Cette montagne qui me fait comprendre quand je suis en forme et quand je ne le suis pas, très rapidement. Une sortie de 5 heures avec le maximum de dénivelé ça donne quoi ? Une sortie épique, surtout avec la météo qu'on a eu. Un coup de boule de plus dans ce début de saison. Entraînes toi gamin. 3000m de dénivelé pour un peu plus de 95Km. Des pourcentages parfois trop forts qui m'obligent à me mettre dans le rouge, toujours avec ce braquet inadapté. Du vent, de la pluie, du froid, de la neige fondue et du brouillard. à 1300m tu te sens seul, en difficulté, loin de tout. Zéro degré et perdu quelques part entre la France et l'Espagne... les moutons, les pottoks, les vaches, les rapaces. Une belle nature sauvage sans ligne EDF à l'horizon. Un cardio à bloc au milieu de nul part. Des descentes à l'aveuglette dans le brouillard. J'ai froid et j'ai peur. Une belle connerie de monter si haut avec une telle météo. Alors que les grands cols des Alpes sont des autoroutes, ici ce sont quasiment des sentiers communaux. Je n'ai pas trop de frein et le précipice est partout. Soudain le brouillard se discipe et une vue magnifique sur ces Pyrénées. Je sais ce que fout là. Je profite.

Le lendemain une "grosse" séance de natation vécue comme un retour sur terre. 3200m interminables. Je me sens comme une enclume. Le chrono confirme. Alors que les mois précédent je sautais sur la moindre excuse pour ne pas faire la séance de natation ou l'abréger, cette fois-ci je croise les doigts pour que les maîtres nageurs me laissent tranquille et finir ma séance à l'approche de la fermeture. J'en aurais été désagrable. C'est un bassin extérieur. Il fait 10°C (mais l'eau est à 28°C). Je purge ma peine seule dans ma ligne d'eau. 1 heure 30 dans l'eau. Je suis H.S. mais c'est fait. Je vais revenir. Je suis nul mais je vais revenir.

Il me reste une belle séance à pied. 2 fois 15 minutes à 85% de ma fréquence cardiaque maximale. Autrement dit, deux bons quart d'heure à courir vite (mais pas trop). Je me sens pas de le faire ce soir. Je suis fatigué. Je m'écoute. Dingue.

Dernier jour au pays Basque. C'est bon: bien dormi, un petit dej, voiture chargée, je vais courir. Début pénible. échauffement lentissime, jambes lourdes. Premier bloc de 15 minutes sans y croire: c'est pénible, je souffre, le cardio ne monte pas à l'intensité cible, la vitesse est médiocre. Je me met dans ma bulle. Plus rien n'existe. Tout à coup ça se libère au bout de 5 minutes, le souffle redevient plus facile, la vitesse augmente et le cardio est stabilisé. Je me permet même de passer par des bosses, les jambes répondent. Il se passe un truc. Je termine ce bloc à 4min17 au kil de moyenne. Récupération. C'est parti pour le second bloc. On change pas une équipe qui gagne, je repars sur la même intensité. La montre bug. 3min50 au kil. Putain la montre bug. 3min40 au kil. Ahh... 3min50 au kil. J'arrive sur les 10min d'effort 3min55 de moyenne au kil. Souffle sous contrôle, je me freine. ¿qué pasa. Fin de second bloc en 4min00 au kil. 15km/h. Je réalise après coup que l'aller s'est fait en faux plat montant et le retour descendant. La moyenne des deux n'en reste pas moins satisfaisante. On est en mai et voici mon allure au sortir d'une semaine de 18h de sport.

La préparation commence maintenant. Motivé comme jamais. On rentre de vacances. Je suis toujours impacté par mes contraintes pro régulières. Je dois aller à Paris. Réveil à 5h30. TGV à 6h40. Retard. Métro. "Les suicidées". Placardé en gros dans ce putain de métro. Je le vie comme une agression. J'ai rien demandé. J'en ai rien à foutre de ton livre. Gardes-le. Je pleure intérieurement mais je marche comme tout ces zombies dans Paris.

Adieu Émilie. Je t'aime et te porterais dans mon coeur pour toujours. Tu seras plus que tout une force pour moi quoi qu'il arrive. Jamais je ne t'oublierais.

J'aurais une pensée pour toi sur ma prochaine course : Ventouxman et tu auras ta place à mes côtés le 15 août.

Un grand merci à la femme que j'aime de me laisser vivre ma passion parfois au delà du raisonnable. Sans toi et notre fils ces moments auraient eu moins de sens. Je vous aime.


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